L’écologie, cette belle histoire qu’on se raconte
📜 Disclaimer éditorial
Ce texte est un exercice de critique libre, protégé par le droit fondamental à la liberté d’expression (article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, article 10 de la Convention européenne des droits de l’homme, et droit belge applicable). Il s’appuie exclusivement sur des sources publiques, accessibles à quiconque sait taper une URL.
Ce n’est pas un scoop, ni un manifeste. C’est une analyse éditoriale. Et comme toute bonne dissection, elle ne juge pas l’intention du corps étalé sur la table : elle observe ses structures, ses silences, ses contradictions.
Ici, le corps s’appelle Vinventions – leader du marché des bouchons plastiques pour le vin. Si ce nom apparaît, ce n’est ni par provocation, ni par obsession, mais parce qu’être numéro un, c’est aussi devenir le récit par défaut. Et à ce titre, un sujet d’étude aussi légitime que nécessaire.
Ce texte relève de l’analyse critique d’informations publiques et ne saurait être interprété comme une évaluation exhaustive ou un jugement de valeur sur l’ensemble des activités ou des personnes morales mentionnées.
Ce n’est pas une attaque. Ce n’est pas une fiction. Ce n’est pas un procès.
C’est un scalpel posé sur un storytelling trop lisse pour être tout à fait inoffensif.
Aujourd’hui, le plastique ne se jette plus : il s’incarne. Le bouchon devient symbole, le marketing fait liturgie, et la neutralité carbone s’affiche comme une grâce tombée du ciel réglementaire. Vinventions ? Pas simple acteur. C’est le studio, le prompteur, et la voix off.
Le storytelling est léché, le ton rassurant, et l’intention, admirable. Enfin… on suppose.
♻️ Green Line : recyclable… mais pas recyclé.

Ah, la Green Line. On pourrait croire à une nouvelle voie de train à hydrogène, mais non, c’est du plastique. Recyclable, disent-ils. Biosourcé, ajoutent-ils. Bienveillant, susurrent-ils. Bref, un produit conçu pour flatter votre conscience avant votre palais.
Mais arrêtons-nous sur ce mot magique : recyclable. Un mot qui sonne bien, propre, moderne. Sauf que recyclable n’est pas recyclé. C’est même très rarement le cas. L’OCDE l’a posé noir sur blanc dans son Global Plastics Outlook : à peine 9 % des plastiques mondiaux ont effectivement été recyclés en 2023. Les 91 % restants ? Direction incinérateur, enfouissement, ou l’océan, version sauvage.
Et encore faut-il pouvoir le recycler. Selon PlasticsEurope, les petits objets plastiques – bouchons en tête – posent de sérieux problèmes de tri. Trop légers, trop petits, trop tout. Citeo confirme : les bouchons isolés sont exclus des circuits standards. Ils ne passent pas la porte de l’usine. C’est recyclable en théorie, pas dans la vraie vie.
Même les matériaux biosourcés ne sauvent pas la donne. Le PE biosourcé, selon l’ADEME, est recyclable techniquement. Mais en pratique ? Incompatible avec les filières existantes. Autrement dit, on a mis une étiquette verte sur un objet qui finira en gris – ou en feu.
Alors, la Green Line ? C’est un produit bien marketé. Une belle narration circulaire sur un objet linéaire. Un bouchon qui se rêve en utopie industrielle, mais qui termine souvent dans un fossé. Mieux nommé, mieux vendu, pas mieux traité.
La question n’est plus : “Est-ce recyclable ?”
Mais plutôt : “Qui recycle, vraiment ? Et à quel prix ?”
🌊 Nomacorc Ocean: “Recyclé” – le mot préféré des magiciens.

Il flotte dans l’air un parfum salé de rédemption plastique. Le bouchon “Nomacorc Ocean” serait le messie vert, sauvé des vagues, régénéré par la main humaine, incarnant la revanche des déchets. Sauf qu’ici, le storytelling surnage, pendant que la réalité… coule.
Selon les OBP Certification Guidelines de Zero Plastic Oceans, pour qu’un plastique soit réellement qualifié de “ocean-bound”, il doit provenir de zones côtières vulnérables à la pollution marine, dans un rayon de 50 km. Mais voilà : aucune donnée publique ne vient préciser quelle proportion exacte de ces bouchons est effectivement issue de ces zones, ou de la flotte. Ni à quel moment le tri a lieu, ou dans quelles conditions.
Quant aux labels mis en avant ? On retrouve souvent Plastic Bank ou Oceanworks dans la communication. Mais dans les faits, leurs traceability statements brillent par une constante : l’absence d’audit indépendant publié, et un flou artistique sur la chaîne complète de transformation (que nous explorons point par point dans l’article accessible en bas de page).
Le rapport UNEP rappelle cruellement que les plastiques “récupérés des côtes” ne représentent qu’une infime part des déchets marins. La grande majorité gît déjà au fond. Le nettoyage côtier, aussi louable soit-il, a donc une portée logistique et écologique très limitée.
Et selon la Ellen MacArthur Foundation, le terme “ocean-bound” lui-même est devenu une coquetterie marketing : souvent utilisé sans preuve, un cosmétique, sans changement systémique réel.
Alors, posons-nous les vraies questions :
- Combien de plastique océanique, vraiment ?
- Par qui est-ce vérifié ?
- Quel est le coût énergétique du processus ?
Mais après tout, pourquoi s’embarrasser de chiffres, quand la mer est si inspirante et le récit si bien ficelé ?
🧪 SÜBR : le bouchon qui coche toutes les cases… même celles auxquelles on n’avait pas pensé.

Il arrive parfois qu’un produit entre en scène avec une telle aura qu’on ne sait plus s’il s’agit d’un objet ou d’une idéologie matérialisée. SÜBR, c’est ce moment-là. Zéro colle. Zéro plastique. Zéro doute, du moins en apparence. Il se présente comme un bouchon, mais se vend comme une révolution douce. Le zen du liège aggloméré.
Sauf que même le minimalisme a besoin de structure.
La Confédération Européenne du Liège (CE Liège) le rappelle sans ambages : tout bouchon aggloméré nécessite un liant, qu’il soit à base de polyuréthanes, de résines ou d’alternatives. Or, à ce jour, aucune méthode industrielle sans liant n’a été validée ni publiée selon la littérature sur les technologies “PU-free”. L’utopie d’un liège auto-agglomérant reste donc… une utopie.
Et côté transparence ? Le site de Cork Supply / Vinventions, pourtant porte-voix du produit, n’offre aucun détail technique public. Pas de composition précise, pas de brevet accessible, pas de protocole de test vérifiable.
Quant à la durabilité – un mot si souvent convoqué, si rarement mesuré – aucune trace de tests en open data. Le produit se revendique “écoresponsable”, mais ses preuves, elles, restent sagement hors champ.
Alors oui, SÜBR impressionne. Il semble tout droit sorti d’un manuel de design responsable. Mais sans données, sans détails, sans contrôle indépendant, ce n’est plus une innovation – c’est un manifeste compressé, un objet de storytelling dense, compact, quasi poétique.
Et comme tout poème industriel, il mérite qu’on le lise à voix haute. Et qu’on en interroge chaque mot.
⚖️ Neutralité carbone : une idée trop parfaite pour être dérangée

Chez Vinventions, la neutralité carbone est bien plus qu’un objectif – c’est une ambiance. Une promesse douce, enveloppante, affichée fièrement sur leurs supports Green Line. L’empreinte annoncée varie de –0,4 à –1,3 g de CO₂ équivalent par bouchon. Une performance digne d’un miracle industriel.
Mais, comme souvent avec les miracles, aucune trace du mode d’emploi.
Leur propre publication 2022-2023 sur l’empreinte carbone ne fournit aucun détail méthodologique.
Pas de facteurs d’émission, pas de périmètre d’analyse, pas de cycle de vie documenté. Rien que le chiffre. Nu, absolu. Et donc parfaitement incontestable – puisque totalement invérifiable.
Ils évoquent pourtant la norme ISO 14067:2018, censée encadrer le calcul de l’empreinte carbone des produits.
Mais là encore, aucun certificat, aucun audit indépendant n’est publié. Une norme citée comme une amulette, pas comme un outil.
L’ADEME, dans sa publication « Neutralité carbone : mirage ou méthode ?« , est catégorique : on ne peut pas revendiquer de neutralité sans plan de réduction chiffré, trajectoire mesurable, et surtout sans transparence complète sur les calculs.
Ici, tout manque. Sauf le mot “neutre”.
Et du côté des bases officielles comme Carbon Trust ou CDP ? Vinventions n’apparaît nulle part.
Pas de certification. Pas d’évaluation externe. Rien que du branding en lévitation.
Alors appelons un bouchon un bouchon : ce n’est pas une performance climatique, c’est une narration vertueuse. Une valeur émotionnelle encapsulée, où l’absence de preuve devient la preuve d’une pureté inattaquable.
La foi, c’est beau. Mais quand elle prétend être carboneutre, on aimerait qu’elle laisse quelques chiffres derrière elle.
📷 Tout est parfait. Trop parfait ?

D’un coup d’œil, on sent la maîtrise : une communication qui déroule comme un tapis de mousse synthétique. Vert apaisant, bleu profond, typographies épurées, slogans régénérants. Un monde en packaging, lissé comme un PowerPoint de comité RSE après six couches de filtres LinkedIn.
Mais à force de perfection visuelle, un doute surgit : et si l’essentiel était ailleurs ? Et si ce décor parfaitement huilé n’était pas l’écho d’une transformation, mais l’illusion de son accomplissement ?
La Green Claims Directive proposée par la Commission Européenne pose le cadre : toute affirmation environnementale devra bientôt être vérifiée, documentée, accessible. Autant dire que l’époque des slogans en roue libre est comptée.
L’ADEME, dans son Guide d’évaluation des allégations environnementales, va dans le même sens : on ne peut pas prétendre sans prouver.
Toute déclaration d’impact doit s’accompagner de données concrètes, lisibles, publiquement disponibles.
Mais pour l’instant, on en reste souvent à l’effet visuel. Selon Futerra, les entreprises usent et abusent de codes graphiques “verts” – couleurs naturelles, typographies organiques, icônes de feuilles – pour suggérer un engagement là où il n’existe pas ou peu.
Et la Harvard Business Review le résume froidement : cette stratégie de communication “éco-performante” délivre peu de valeur réelle, mais beaucoup de confort narratif. Elle permet d’occuper le terrain… sans l’avoir vraiment nettoyé.
En somme, Vinventions ne vend pas seulement des bouchons. Elle vend un récit propre, encadré, hautement scénarisé.
Un monde où chaque couleur semble dire : “Circulez, tout est déjà résolu”.
Mais poser les bonnes questions, c’est déjà salir un peu l’image. Et parfois, c’est nécessaire.
🔍 Transparence : un choix, pas une obligation
Soyons justes : rien n’oblige une entreprise à tout dévoiler. Mais à force de tout suggérer sans jamais prouver, on finit par se demander si le silence est une stratégie ou un oubli.
C’est peut-être ça, le vrai paradoxe : plus une promesse est belle, plus elle devient suspecte.
🧷 Conclusion : l’illusion d’impact
Vinventions semble incarner une nouvelle ère de l’écoresponsabilité : celle où le discours fait foi, et où la cohérence se juge à la qualité graphique.
Mais si la durabilité devient un objet de communication, alors peut-être que le bouchon est bien le symbole parfait : Solide, lisse, neutre. Et parfaitement étanche à la contradiction.
Thröl Haartkor Mk III – Ironique, méthodique, et sans pitié pour les récits trop propres.
📚 SOURCES:
♻️ Green Line : Recyclabilité de principe vs réalité terrain
- OECD (2023) – Global Plastics Outlook: Policy Scenarios to 2060
→ Donne le chiffre de 9 % de plastique recyclé mondialement en 2023. - PlasticsEurope (2023) – Plastics – the Facts
→ Mention des limites de tri pour les petits objets plastiques, y compris les bouchons. - ADEME (2021) – Bioplastiques : définitions, usages, perspectives
→ Le PE biosourcé est recyclable techniquement, mais pas pratiquement. - Citeo (2022) – Tri des petits plastiques : défis industriels
→ Les bouchons “isolés” sont exclus des circuits standard.
🌊 Nomacorc Ocean : transparence à marée basse
- Zero Plastic Oceans – OBP Certification Guidelines
→ Référence obligatoire des prétendus “plastiques océaniques”. - Plastic Bank / Oceanworks – Traceability Statements & Partner Materials
→ Présents dans le branding, absents dans l’évaluation indépendante. - UNEP (2021) – From Pollution to Solution: A Global Assessment of Marine Litter and Plastic Pollution
→ Référentiel sur les taux réels de récupération côtière. - Ellen MacArthur Foundation (2023) – Global Commitment Report
→ Alerte sur l’usage cosmétique des claims “ocean-bound”.
🧪 SÜBR : innovation ou tour de passe-passe ?
- Une fiche produit de l’APCOR (Associação Portuguesa da Cortiça) explique clairement que :
Les bouchons techniques (agglomérés) sont fabriqués à partir de granulés de liège liés par des colles spécifiques, comme les polyuréthanes. - Cork Supply / Vinventions (site officiel) – Absence de détail technique public.
- Rapports techniques non référencés – Aucun test de durabilité en open data.
⚖️ Neutralité carbone : une foi sans cathédrale
- Vinventions (2022-2023) – Green Line Carbon Footprint Claim
→ Indique une “empreinte négative” (–0,4 à –1,3 g CO₂eq), sans fournir le calcul. - ISO 14067:2018 – Greenhouse gases — Carbon footprint of products
→ Norme invoquée, mais sans certificat ni audit publié. - ADEME (2022) – Neutralité carbone : mirage ou méthode ?
→ Rappelle l’impossibilité d’alléguer une neutralité sans plan complet. - Carbon Trust / CDP – Product Certification Library
→ Vinventions : absente des bases certifiées.
📷 Esthétique RSE vs substance environnementale
- European Commission (2023) – Green Claims Directive (proposition)
→ Cadre futur contre les allégations non vérifiées. - ADEME (2023) – Guide d’évaluation des allégations environnementales
→ Toute mention d’impact doit reposer sur des données accessibles. - Harvard Business Review (2022) – How Greenwashing Affects the Bottom Line
→ Décryptage des failles classiques des entreprises en mode “éco-performant”.
Thröl Haartkor Mk III – L’info, c’est comme un bouchon : elle flotte ou elle coule. Moi, je la sors de l’eau.


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